J'ai passé trois semaines à auditer le catalogue d'un client, 4 200 images, avant de comprendre un truc tout bête : le vrai problème n'était pas leurs balises alt. C'était tout ce qu'il y avait autour. Largeur, hauteur, format, chargement. Les alt, eux, étaient globalement corrects depuis le début. Alors quand on me demande « comment optimiser les balises alt pour le SEO technique », je réponds toujours la même chose : commence par arrêter de croire que c'est juste une histoire de mots-clés dans un champ de texte.
Parce que oui, l'attribut alt sert d'abord à décrire une image pour quelqu'un qui ne la voit pas. Lecture d'écran, connexion pourrie, image bloquée. Mais en SEO technique, une balise alt mal fichue, c'est aussi une perte d'information pour le moteur, un trou dans ta structure, et parfois un signal de qualité qui part en vrille. On va démonter ça proprement.
Points clés à retenir
- Un alt décrit le contenu ou la fonction de l'image, jamais un amas de mots-clés
- L'alt ne vit pas seul :
width,height,loading="lazy"et le format pèsent autant sur le SEO technique - Image décorative = alt vide (
alt=""), et c'est un choix actif, pas un oubli - Image-bouton : l'alt décrit l'action, pas le visuel
- Un audit à l'échelle se fait par script ou crawl, pas à la main sur 4 000 fichiers
- Alt vide, alt manquant et alt nul ne veulent pas dire la même chose pour un lecteur d'écran
Alt et SEO technique : l'attribut que tout le monde croit maîtriser
Le rôle premier de l'alt n'a rien de commercial. Il décrit le contenu ou la fonction d'une image pour les personnes qui la perçoivent autrement. Point. Le référencement est un bénéfice collatéral, pas la raison d'être.
Ça, tout le monde le répète. Sauf que dans la vraie vie, j'ai vu des sites avec des alt du genre « acheter chaussure pas cher livraison rapide » sur une bannière purement décorative. Résultat : un lecteur d'écran qui braille cette phrase à un utilisateur non-voyant pour rien. Franchement, c'est le pire des deux mondes.
Est-ce que l'alt est un facteur de classement direct ?
Je vais être honnête : non, on n'a pas de preuve solide d'un impact direct de l'alt sur le classement d'une page web classique. Ce qu'on sait, c'est que l'alt alimente la recherche d'images, qu'il aide à comprendre le contexte d'une page, et que Google recommande explicitement des alt descriptifs dans ses guidelines. Un alt pourri ne va pas couler ton site. Mais sur la recherche visuelle, là, ça compte vraiment. Et sur l'accessibilité, c'est non négociable.
Le piège du bourrage : pourquoi ça se retourne contre toi
Le keyword stuffing dans les alt, c'est un classique. « basket homme basket running basket pas cher basket cuir ». Sauf que ça se voit à 10 km, ça n'apporte rien à personne, et ça dégrade l'expérience des lecteurs d'écran. La règle que j'applique depuis des années : si tu ne dirais pas cette phrase à voix haute à quelqu'un qui regarde l'image avec toi, tu la réécris.
Comment auditer les alt à grande échelle (ce que personne ne t'explique)
C'est ici que ça devient intéressant, et c'est exactement ce qui manque dans 90 % des articles sur le sujet. Tout le monde te dit « soigne tes alt ». Personne ne te dit comment en vérifier 8 000.
À la main ? Impossible. Sur mon projet à 4 200 images, compter une moyenne de 20 secondes par vérification, ça fait 23 heures de boulot pour un résultat partiel. Non merci.
La méthode que j'utilise réellement
- Crawl du site avec un outil type Screaming Frog, export de toutes les balises
imgdans un CSV - Filtre sur les colonnes : alt vide, alt identique à une autre image, alt contenant le nom de fichier (
IMG_2043.jpg), alt trop long - Extraction des
srcpour repérer les images décoratives (spacers, séparateurs, icônes récurrentes) - Priorisation : pages à fort trafic d'abord, le reste ensuite
Sur ce projet, ce script m'a sorti 1 180 images avec un alt problématique, dont 640 qui affichaient carrément « IMG_ » suivi d'un numéro. Le client ne le savait pas. Son CMS avait généré ça automatiquement pendant des années. Avouons-le, c'est le genre de dette invisible qui s'accumule sans que personne ne s'en aperçoive.
WordPress, Shopify, Wix : ce que ton CMS cache
WordPress remplit le champ alt avec le nom du fichier si tu laisses vide. Shopify utilise le titre du produit par défaut, ce qui donne souvent des alt corrects mais répétitifs. Wix et Webflow te laissent le champ libre, pour le meilleur et pour le pire. Bref, dans tous les cas, il faut aller vérifier manuellement l'export. Aucun CMS ne te fera ce travail proprement à ta place.
Au-delà de l'alt : ce qui pèse vraiment en SEO technique image
C'est là que je vais insister, parce que c'est mon cheval de bataille et j'assume. L'alt, c'est la cerise. Le gâteau, c'est tout le reste.
| Élément | Impact SEO technique | Priorité |
|---|---|---|
alt descriptif | Accessibilité + recherche d'images | Élevée |
width et height | Évite le décalage de mise en page (CLS) | Élevée |
loading="lazy" | Diffère le chargement des images hors écran | Moyenne |
| Format WebP / AVIF | Poids réduit, vitesse de page | Élevée |
srcset et sizes | Bon fichier servi selon l'écran | Moyenne |
CLS et lazy loading : les vrais leviers
Renseigner width et height sur chaque img évite que la page saute pendant le chargement. C'est mesurable, c'est concret, et ça n'a rien à voir avec les mots dans l'alt. Le lazy loading natif, lui, repousse le téléchargement des images sous la ligne de flottaison. Sur un site marchand avec 40 vignettes produit par catégorie, l'effet sur le temps de chargement perçu est net. Le format, enfin : passer du PNG au WebP, sur mon dernier audit, ça a fait tomber le poids total des images de 62 %. Tu vois le tableau.
Ces trois éléments combinés pèsent bien plus lourd dans la performance d'une page que la qualité rédactionnelle d'un alt. Mais l'alt reste obligatoire, parce qu'il touche à l'humain. Et l'humain, ce n'est pas négociable.
Comment rédiger un alt correct : les cas concrets
La théorie, c'est bien. Mais devant une image, on se demande toujours quoi écrire. Voici comment je tranche.
Image informative ou décorative ?
Première question à se poser : l'image apporte-t-elle une information que le texte ne donne pas ? Si oui, elle est informative, il faut la décrire. Si elle ne fait qu'embellir (séparateur, motif, photo d'ambiance sans contenu), elle est décorative, et là on met alt="".
Attention à un détail que beaucoup ignorent : alt vide et alt absent ne sont pas équivalents. Un alt="" dit explicitement au lecteur d'écran « ignore cette image ». Un attribut alt carrément absent, c'est le flou total, certains lecteurs vont alors lire le nom du fichier. Ce n'est pas la même chose du tout.
Image qui sert de lien ou de bouton
Là, l'alt décrit l'action, pas le visuel. Une icône de loupe dans un champ de recherche : alt="Rechercher". Pas « icône loupe bleue ». Le test que je fais : si quelqu'un ne voit pas l'image mais entend l'alt, est-ce qu'il peut utiliser le bouton correctement ? Si la réponse est non, c'est à refaire.
Alt, title et légende : arrêtons la confusion
- alt : décrit l'image pour qui ne la voit pas
- title : info-bulle au survol, souvent ignorée des lecteurs d'écran et des mobiles
- légende (figcaption) : texte visible sous l'image, lu par tout le monde
- nom de fichier : signal faible mais réel, un
chaussure-randonnee-homme.webpvaut mieux queIMG_8842.webp
Beaucoup empilent les trois en répétant la même phrase. C'est du gâchis. Chaque élément a son rôle, et les confondre, c'est passer à côté de l'intérêt de chacun.
Les erreurs que je vois encore en 2024 (et que j'ai faites moi-même)
Autant le dire : j'ai longtemps cru que mettre le mot-clé principal dans tous les alt d'une page, c'était malin. J'avais tort. Sur un projet perso, j'ai sur-optimisé une galerie photo entière avec la même expression. Résultat : zéro gain visible, et un lecteur d'écran qui répétait la même chose dix fois. Leçon retenue.
Les trois erreurs que je rencontre le plus souvent :
- Alt rempli automatiquement avec le nom de fichier, jamais corrigé
- Alt identique sur des dizaines d'images d'une même page
- Alt utilisé comme dépotoir à mots-clés
Et une quatrième, plus sournoise : croire qu'un alt bien rédigé suffit, alors que width, height et format sont dans un état catastrophique. J'ai vu ça chez un client e-commerce qui perdait des points de vitesse pour des images de 3 Mo servies en PNG. Ses alt étaient impeccables. Sa note de performance, elle, était rouge vif.
Une balise alt ne sauve pas un site mal optimisé. C'est une brique dans un mur, pas le mur entier. Alors oui, rédige-les proprement, décris vraiment, mets alt="" quand il faut. Mais si tu t'arrêtes là, tu passes à côté de l'essentiel du SEO technique image. Et la prochaine fois que tu regarderas une page qui saute pendant son chargement, tu sauras que le problème n'était pas dans le texte de l'alt.